Voici 45 termes de shape expliqués en français clair, rangés par famille plutôt que par ordre alphabétique : on ne comprend pas un rocker sans comprendre un bottom, ni une once de fibre sans savoir ce qu'est un hot coat. Blank, stringer, litrage, tuck under edge, glassing, cant, volan : chaque définition dit ce que le mot désigne et, quand ça a du sens, ce que ça change à l'eau. À lire d'une traite ou à garder comme antisèche quand tu ouvres une fiche technique. Pour voir comment tout ça s'assemble, commence par la fabrication d'une planche, du blank au polish.

Au sommaire

Le blank et la mousse

Blank

Le pain de mousse brut, moulé avec un rocker approximatif, dans lequel le shaper taille la planche. Chaque blank couvre une plage de tailles : mal le choisir, et certaines cotes deviennent impossibles à sortir.

PU (polyuréthane)

La mousse historique, jaune pâle, tendre au rabot. Planche un peu plus lourde, plus amortie dans le clapot, et seule compatible avec la résine polyester. La teinte miel des vieilles planches vient d'elle, pas de la résine.

EPS (polystyrène expansé)

La mousse blanche à billes, plus légère à volume égal, donc plus flottante et plus vive. Elle impose une résine epoxy. Défaut : à cellules ouvertes, elle diffuse l'eau dans tout le blank dès qu'un ding reste ouvert. Comparatif complet dans epoxy ou polyester.

Densité

La masse de mousse par litre. Élevée, la planche est plus lourde, plus rigide, plus résistante sous les talons. Basse, elle est plus vive mais marque vite. C'est ce qui explique que deux planches identiques ne pèsent pas pareil.

Stringer

La bande de bois collée verticalement au centre du blank. Elle donne la rigidité longitudinale et sert de repère de symétrie pendant tout le shape. Sa largeur et son essence changent le flex. Certaines constructions EPS s'en passent.

Les dimensions

Longueur

En pieds et pouces : un 6'2 fait six pieds deux pouces, soit environ 188 cm. Un pouce vaut 2,54 cm. Prise seule, la longueur ne dit presque rien du comportement — c'est sa combinaison avec les courbes qui décide.

Largeur et épaisseur

La largeur se mesure au point le plus large : elle donne stabilité et surface portante. L'épaisseur se mesure au centre, mais ce qui compte est sa répartition, le foil : épais sous la poitrine pour ramer, fin sous les pieds pour engager.

Litrage (volume)

Le volume total en litres. C'est la donnée la plus fiable pour comparer deux formes différentes, et la plus mal utilisée : elle dit combien il y a de mousse, jamais où elle se trouve. Méthode complète dans volume et litrage.

Wide point

L'endroit où la planche est la plus large, exprimé en écart par rapport au centre. Avancé : portance à l'avant, rame facile, courbes longues. Reculé : surface sous le pied arrière, pivot court, rame plus dure.

Outline

La silhouette vue du dessus, du nose au tail. Elle fixe la surface portante et le rayon de courbe. C'est la première ligne tracée sur le blank et la seule évaluable à l'œil sur une photo : lire un outline.

Les courbes

Rocker

La courbure vue de profil. Beaucoup de rocker fait tourner court et passe dans le creux, mais freine et complique la rame. Peu de rocker donne de la vitesse et de la glisse, mais accroche dans une face raide. Détail dans l'article rocker.

Nose rocker et tail rocker

Les deux moitiés de la courbe, réglées séparément. Le nose rocker gère le passage de la lèvre au take-off. Le tail rocker décide de la nervosité : relevé, la planche pivote sec ; plat, elle tient sa vitesse et dessine long.

Concave

Un creux dans le bottom qui accélère l'eau et crée de la portance. Simple concave : rapide et fluide. Double concave à l'arrière : l'eau est canalisée vers les ailerons et le passage d'un rail à l'autre devient plus vif. Voir le bottom shape.

Vee

Une arête centrale en V inversé sous la planche, qui fait rouler l'eau du stringer vers les rails. Elle facilite le basculement d'un rail à l'autre, précieux sur les planches larges. En échange, elle coûte un peu de vitesse pure.

Channels

Des rainures longitudinales creusées dans le bottom arrière, qui guident l'eau jusqu'à la sortie du tail. Elles ajoutent de l'accroche et de la relance, rendent la planche plus directive, et compliquent sérieusement toute réparation.

Les rails et le tail

Rail dur (edge)

Un rail terminé par une arête franche : l'eau décroche net au lieu d'enrouler. La planche relâche, pivote au quart de tour, prend de la vitesse. Trop marqué, il provoque des décrochages latéraux.

Rail boxy (50/50, boxy)

Un rail arrondi que l'eau contourne. Ce flux crée de l'accroche et de la tolérance : la planche tient dans une face verticale et pardonne les appuis imprécis. C'est le rail des logs. Développé dans l'article sur les rails.

Tuck under edge

Le compromis dominant : le rail descend arrondi puis se replie vers l'intérieur pour finir par une arête discrète, sous le bottom. Peu incliné, il accroche ; fortement incliné, il relâche. Deux comportements dans le même rail.

Squash tail

Un tail carré aux angles arrondis. Les deux angles créent des points de décrochage nets : portance arrière, relance immédiate, pivot facile. C'est le tail par défaut des shortboards. Le thumb en est la version arrondie, plus douce.

Round, round pin et pin tail

La famille des tails arrondis, sans angle : l'eau quitte la planche progressivement, les virages sont liés et la tenue à haute vitesse est excellente. Du round au pin, la surface se réduit et le contrôle augmente pendant que le relâchement disparaît. Formes comparées dans le guide des tails.

Swallow tail

Un tail fendu en deux pointes. Il garde la largeur, donc la portance en petites conditions, tout en créant deux pointes qui accrochent quand la planche est sur la tranche. C'est la signature du fish.

Asymétrique

Une planche dont les rails frontside et backside diffèrent : souvent un tail plus long d'un côté, des profils distincts. L'idée est simple — tes appuis ne sont pas les mêmes des deux côtés, donc la planche ne devrait pas l'être non plus.

La stratification

Glassing

L'opération qui consiste à recouvrir la mousse de fibre de verre et de résine. Elle donne sa solidité, son poids et une partie de son flex à la planche. Deux planches shapées à l'identique et glassées différemment ne surfent pas pareil.

Once (oz)

Le grammage de la fibre, en onces par yard carré. Du 4 oz est léger et nerveux, du 6 oz plus lourd et plus solide. Une strat se décrit par couches, par exemple deux 4 oz sur le pont et un 4 oz au bottom.

Fibre de verre

Le tissu posé sur la mousse avant la résine. Son armure change le rendu autant que la solidité. Les variantes carbone ou lin servent à rigidifier localement, en bandes plutôt que sur toute la surface.

Résine

Le liant qui durcit la fibre. Polyester : rapide, facile à poncer, superbe en teinte, incompatible avec l'EPS. Epoxy : plus résistante, compatible avec toutes les mousses, plus lente à travailler. Le choix engage aussi la future réparation.

Hot coat et sanding

Le hot coat est la couche de résine appliquée sur la stratification pour donner de la matière à poncer — sans elle, poncer reviendrait à attaquer la fibre. Le sanding est ce ponçage, du gros grain au fin, qui donne aux rails leur profil définitif.

Gloss et polish

Le gloss est une dernière couche de résine, lissée puis lustrée : c'est le polish. Résultat, une surface miroir, plus étanche et plus lourde de quelques centaines de grammes. Traditionnel sur les logs : nos finitions polish.

Delam

Le décollement entre la fibre et la mousse. Ça sonne creux quand on tape dessus et ça forme une bosse molle. Causes classiques : un choc, une prise d'eau prolongée, une planche cuite au soleil. Ça ne se répare jamais complètement.

Les ailerons

Box (boîtier)

Le logement stratifié dans la planche qui reçoit l'aileron. Il en existe des longs, réglables en avant-arrière, typiques du single, et des courts à position fixe. Tout le catalogue est dans la collection ailerons.

FCS II et Futures

Les deux standards de boîtiers courts, incompatibles entre eux. Le FCS II se clipse sans vis sur la plupart des modèles, le Futures se bloque par une vis unique dans un rail continu. Vérifie ton standard avant de commander.

Glass-on

Un aileron stratifié directement sur la planche, sans boîtier. Il transmet le flex sans rupture et donne un feeling très continu, apprécié sur les shapes traditionnels. Rien n'est modifiable, et le transport devient délicat.

Base et rake

La base est la longueur du pied de l'aileron : longue, elle donne de la relance et de la puissance en sortie de virage. Le rake est son inclinaison vers l'arrière : marqué, il allonge les courbes ; vertical, il fait pivoter court. Approfondi dans la partie 2 du guide des ailerons.

Foil

Le profil d'épaisseur de l'aileron vu en coupe. Une face intérieure plate donne de la portance et de l'accroche. Un profil symétrique laisse la dérive travailler pareil dans les deux sens : c'est le cas de l'aileron central d'un thruster.

Cant et toe

Deux angles de pose. Le cant est l'inclinaison vers l'extérieur : plus il est marqué, plus la planche réagit dès qu'elle est sur le rail. Le toe est l'angle en plan, pointe tournée vers le stringer, qui rend la planche plus vive et légèrement plus lente en ligne droite.

Thruster

Trois ailerons de même taille. La configuration la plus répandue : accroche, contrôle, comportement prévisible partout. Elle freine un peu par rapport à un twin, ce qui se sent surtout dans les vagues molles. Voir les jeux de thrusters.

Twin et twinzer

Le twin, deux ailerons, libère la planche et donne une vitesse immédiate avec un décrochage facile. Le twinzer ajoute deux petits ailerons devant les principaux pour récupérer de l'accroche sans perdre la glisse : les twins et les twinzers.

Quad

Quatre ailerons, sans dérive centrale. L'eau file vers l'arrière sans obstacle au centre : très rapide en ligne droite, très accrocheur dans une face raide, mais moins pivotant qu'un thruster. Les jeux sont dans la collection quad.

2+1

Un boîtier central long encadré de deux petites latérales, configuration reine du longboard. Le single central porte le surf, les latérales ajoutent de l'accroche en virage. Reculer la centrale verrouille la planche pour le nose ride : les setups 2+1.

La déco

Resin tint

Un pigment translucide mélangé à la résine pendant la stratification. La couleur laisse voir la trame de la fibre, avec des variations impossibles à reproduire à l'identique. Aucune retouche possible : les résines teintées.

Spray

De la peinture appliquée à l'aérographe sur la mousse, avant stratification. Elle est donc emprisonnée sous la fibre et ne s'use pas. Rendu opaque, dégradés nets, motifs francs : les planches sprayées.

Pinline

Un liséré fin tracé à la main, généralement entre deux zones de couleur ou le long du rail. C'est la finition qui trahit le niveau d'un atelier : un pinline régulier sur une courbe de rail se fait à main levée et ne se rattrape pas.

Volan

Une fibre à armure serrée et finition particulière, reconnaissable à sa teinte verdâtre une fois résinée. Plus lourde, plus rigide, plus solide, traditionnelle sur les longboards. Elle donne aux rails une profondeur que la fibre standard n'a pas : nos finitions volan.

Tail block

Une pièce de bois collée au bout du tail, poncée dans le prolongement de la planche. Elle protège la zone la plus exposée et signe un shape traditionnel. Les quelques grammes ajoutés tout à l'arrière ne sont jamais neutres sur un log.

Inlay

Un tissu ou un motif inséré entre la mousse et la fibre, donc protégé à vie sous la stratification. Le tissu prend la résine et devient translucide, ce qui change son rendu par rapport à ce qu'on voyait à plat sur la table.

Les mots qu'on entend vraiment à l'atelier

Sur les commandes qui passent par Marennes, trois mots reviennent à chaque fois, et souvent à côté de leur sens réel.

« Volume ». Le mot le plus prononcé et le moins compris. Le client arrive avec un chiffre en litres trouvé sur un site. Le chiffre n'est pas faux, il est insuffisant. La question derrière est toujours la même : tu le veux où, sous la poitrine ou sous les pieds ?

« Polyvalente ». Pour l'un, c'est une planche qui rame bien dans un mètre mou de septembre. Pour l'autre, c'est une planche qui tient un mètre cinquante creux à Vert Bois. Ce sont deux shapes opposés, donc ce mot ne finit jamais sur une fiche de commande.

« La même mais en plus petit ». Réduire une planche qui marche, ce n'est pas la réduire proportionnellement : le rocker, l'outline et les rails ne se mettent pas à l'échelle de la même façon. La moitié du travail de brief consiste à démêler ce qui plaisait vraiment dans la planche de référence, et c'est presque toujours le rail ou le rocker, pas la longueur.

Cote Où elle se mesure Ce qu'elle pilote
Longueur Nose à tail, en pieds et pouces Rame et inertie
Largeur Au point le plus large Stabilité et portance
Épaisseur Au centre, lue sur tout le foil Flottaison et engagement
Largeur au nose À 30 cm de la pointe Précocité au take-off
Largeur au tail À 30 cm du tail Portance arrière et relâchement
Rocker Flèche mesurée au nose et au tail Rayon de virage
Litrage Volume total calculé Flottaison globale

Questions fréquentes

Faut-il connaître ce vocabulaire pour commander une planche ?

Non. Un bon brief se fait en langage courant : ce que tu surfes, ce que tu ressens, ce qui te manque. La traduction en cotes et en profils est le travail du shaper. Connaître les mots sert surtout à comprendre les réponses et à ne pas se faire vendre n'importe quoi.

Quelle est la donnée la plus utile sur une fiche technique ?

Le litrage, puis le wide point quand il est publié. Les trois cotes classiques ne suffisent pas à se représenter une planche. Le litrage rapporté à ton poids, lui, permet de comparer des formes très différentes, ce que la longueur ne permet jamais.

Que veut dire une stratification « 4 + 4 / 4 » ?

Deux couches de fibre de 4 onces sur le pont, une seule de 4 onces au bottom. C'est une strat légère et nerveuse, courante sur les shortboards de performance. Un longboard tourne plutôt autour de 6 onces par couche, parce qu'il encaisse bien plus.

FCS ou Futures, lequel est le meilleur ?

Ni l'un ni l'autre : ils sont différents. Le Futures a une base plus enveloppée dans la planche et transmet un peu plus de rigidité, le FCS II se monte et se démonte plus vite. Le vrai critère reste le boîtier déjà posé sur ta planche. Le sujet est traité dans la partie 1 du guide des ailerons.

Un single peut-il se monter sur n'importe quelle planche ?

Seulement si elle a un boîtier long au centre. Une 2+1 accepte un single seul, il suffit de retirer les latérales. L'inverse est impossible : un shortboard en trois boîtiers courts ne recevra jamais un vrai single. Les modèles sont dans les ailerons single.

Si un terme reste flou, le plus rapide est de le voir en vrai : passe à l'atelier, 13 rue des Entrepreneurs à Marennes, ou parcours les planches en stock en gardant cette page ouverte à côté.